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Programme ANR 2009-2014

Mythalexandre: la création d'un mythe d'Alexandre le Grand dans les littératures européennes du Xe au début du XVIe siècle, sous la direction de Catherine Gaullier-Bougassas, professeur à l'Université de Lille 3 et membre senior de l'Institut universitaire de France.

CPER 2009-2010   ANR 2009-2014   (Programme blanc 2009 : ANR-09-BLAN-0307-01)

La diffusion, la réception et la recréation du mythe d'Alexandre le Grand du Xe siècle au début du XVIe siècle en Europe.

      La réception « active » de textes grecs et latins, arabes aussi en Espagne, permet des réinventions du mythe d'Alexandre le Grand spécifiques à la période considérée. Un processus complexe de création littéraire, et aussi picturale avec les illustrations des manuscrits et des imprimés, aux ressorts et aux finalités multiples, se cristallise autour du personnage antique, dont le portrait n'est pas figé par le poids de l'histoire et des traditions textuelles établies, en dépit de la présence d'invariants biographiques, mais que le Moyen Âge et le début du XVIe siècle réinventent comme héros vivant, en constante évolution, de leur littérature et de leur imaginaire. Notre objet d'étude s'inscrit donc dans une longue durée – six siècles et demi, du Xe au début du XVIe siècle – et il prend en compte les littératures de l'Europe occidentale et celles de l'Europe orientale (byzantine, slaves, arménienne).
     L'originalité du projet réside dans l'ampleur de cet objet d'étude, dans son unité et aussi sa diversité, qui est à relier à la naissance d'un espace littéraire européen. Elle vient de la démarche comparatiste et de la méthode de travail que nous avons choisie. Nous constituons une équipe interdisciplinaire de chercheurs, littéraires et aussi historiens, spécialistes des domaines byzantin, arménien, slaves, médio-latin, français, hispanique, germanique, anglais, néerlandais, scandinave. Nous avons déjà tous travaillé, chacun dans notre domaine, sur certaines des œuvres consacrées à Alexandre le Grand et sur la réception médiévale de l'Antiquité. Notre ambition a été d'adopter une nouvelle méthodologie et de ne plus séparer l'étude de textes qui, rédigés dans des langues différentes et adressés à des publics divers, entretenaient des liens très étroits au moment de leur création et jusqu'au début du XVIe siècle. Les auteurs ont en effet écrit en lisant et en réinterprétant les textes de leurs prédécesseurs, des textes antérieurs au XIe siècle, mais aussi pour une bonne part des XIe, XIIe et XIIIe siècles, d'où un processus de création interne aux siècles envisagés. Ils ont dépassé les frontières linguistiques et culturelles pour les adapter à leurs idéaux esthétiques, à leur imaginaire et leurs systèmes de pensée, ainsi qu'aux horizons d'attente de leurs publics et de leurs mécènes. C'est la lecture d'un patrimoine littéraire partagé par une communauté de clercs qui a impulsé l'acte de création et contribué à rapprocher les littératures européennes, dans ces siècles de plein essor des langues vernaculaires écrites.
     Nous avons souhaité « décloisonner » les disciplines que l'organisation de la recherche universitaire tend à séparer arbitrairement, pour réévaluer les relations très fortes qui existent entre ces multiples récits d'Alexandre, pour réfléchir sur la dimension européenne que prend alors la création littéraire du mythe d'Alexandre le Grand. Notre conviction est que l'examen comparé d'œuvres écrites les unes par rapport aux autres dans les différentes littératures permet d'ouvrir des perspectives inédites et de renouveler la recherche pour une meilleure compréhension de l'effervescence créatrice autour du souvenir d'Alexandre le Grand.
     La circulation très dense des récits sur le héros macédonien en Europe du XIe au XVIe siècle, leur réception et leur recréation immédiate dans chacune des zones culturelles fournissent en effet l'un des ensembles textuels les plus riches et complexes pour l'étude de la fabrique d'un mythe historico-littéraire, de ses formes et de ses fonctions, pour l'examen aussi des constantes et des variations de ce type de production textuelle en fonction des zones culturelles. Durant ces siècles, le souvenir d'Alexandre le Grand a joué un rôle important dans l'affirmation des littératures en langue vernaculaire, dans les échanges culturels entre les peuples européens, les transferts de modèles politiques, éthiques, scientifiques, ainsi que littéraires et iconographiques. Les textes s'éclairent les uns par les autres, puisque dans la constitution de l'intertexte médiéval européen sur Alexandre, les auteurs-adaptateurs donnent vie au mythe littéraire en apportant de nouvelles interprétations qui en retour invitent leur public lettré –et aussi les lecteurs modernes- à modifier sa / leur lecture des textes antérieurs.
    Nous n'ignorons certes pas que le mythe d'Alexandre le Grand dépasse les frontières de l'Europe. Mais nous avons choisi de centrer notre recherche sur l'espace européen, car nous la relions au nouvel essor des littératures européennes que suscite le développement des langues vernaculaires écrites, à une interrogation sur la progressive constitution d'un espace littéraire européen, dans son unité comme dans ses différences, ses décalages chronologiques et culturels, ses échanges avec les autres littératures, notamment l'influence arabe dans la péninsule Ibérique.
     Parmi toutes les figures de l'Antiquité, Alexandre est celle qui a suscité les plus intenses circulations et productions de textes, l'une des plus aptes aussi à rapprocher l'Europe occidentale de l'Europe orientale, malgré les incompréhensions et les méfiances qui séparent les deux mondes. C'est donc un exemple privilégié qui montre comment la création littéraire devient l'instrument de la formation et de la diffusion d'une mémoire commune, de la promotion d'un ancêtre commun que chacun s'approprie en fonction de son contexte historique, politique, culturel et aussi littéraire. L'une des convergences des littératures européennes est alors la célébration de l'exemplarité politique d'Alexandre, avec toute une gamme de variations, mais presque toujours une insistance sur sa lutte contre ses adversaires orientaux, que la pratique médiévale de l'anachronisme relie aux croisades puis aux guerres contre l'empire ottoman.

La publication majeure issue du travail de l'équipe ANR a été publiée en 2014 sous le titre La fascination pour Alexandre dans les littératures européennes (Xe-XVIe siècle). Réinventions d'un mythe, direction Catherine Gaullier-Bougassas, Turnhout, Brepols Publishers, 4 volumes, 2572 pages (Alexander redivivus, 5).

Voir autres publications de l'équipe.